Une loi contre l’avortement .
Le Dakota du Sud secoue l’Amérique
Dans Présent du Jeudi 9 mars, on peut lire, sous la plume de Jeanne Smits cet intéressant article :
Mike Rounds, gouverneur du Dakota du Sud, a suivi la volonté de la chambre des représentants et du sénat de son Etat – majoritairement exprimée à la fois par des démocrates et des républicains – de recriminaliser l’avortement, y compris en cas degrossesse consécutive au viol ou à l’inceste, et en admettant une seule exception : le cas où la mère est en danger de mort. Le texte prévoit explicitement que seuls les médecins pratiquant l’avortement risquent une peine pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement, tandis qu’il exclut toute poursuite contre la mère. Il bannit par la même occasion les « pilules du lendemain » – sauf dans les cas de viol et d’inceste – et affirme que la vie humaine commence dès la fécondation. C’est donc possible. Le combat pour la vie n’est pas perdu d’avance : n’ayons pas peur !Le gouverneur a pris le temps de la réflexion avant d’apposer sa signature sous cette loi. Dans cet Etat où seule subsiste une clinique d’avortement gérée par le Planning familial, la pratique est déjà devenue marginale : 800 avortements par an. Il l’a fait au nom deprincipes clairs et d’une foi affirmée. « Dans l’histoire du monde, le vrai critère de la civilisation est celui de la manière dont les gens traitent ceux qui dans leur société sont les plus vulnérables et le plus sans défense. Les sponsors et les partisans de cette loi croient que l’avortement est un mal parce que les enfants à naître sont les personnes les plus vulnérables et les plus sans défense dans notre société.Je suis d’accord avec eux », a-t-il déclaré, plaidant pour que cet événement ne marque pas le point final du combat pour la vie. Ajoutant également que quel que soit l’avenir du texte, tout cela ne serait rien si dans la pratique, dans son Etat, la vie n’était pas réellement accueillie, et il a demandé une vraie mobilisation pour venir en aide aux mères… Les évêques catholiques du Dakota du Sud et du Nord ont tous deux salué cet événement qui est en effet historique : il s’agit d’une attaque frontale contre la jurisprudence Roe versus Wade par laquelle la Cour suprême des Etats-Unis alégalisé l’avortement en 1973. Et il faut bien comprendre que la bataille se situe sur le plan juridique, et de la justice au sens le plus noble du terme : obtenir que dans la loi, la « liberté » revendiquée au nom des femmes et à leur détriment ne surpasse plus la vérité ; que le mal ne soit plus appelé bien et autorisé comme tel. Les évêques rappellentqu’un renversement de la jurisprudence ne dispense pas chacun d’œuvrer pour une véritable culture de vie ; et que ce combat-là ne devra pas cesser aussi longtemps que la nouvelle loi n’est pas inscrite dans le droit.Tel est en effet le pari risqué engagé par le Dakota du Sud, et à sa suite dans une dizaine d’autres Etats qui s’apprêtent à promulguer des textes similaires. Un double pari : en écartant les exceptions de viol et d’inceste, le législateur de cet Etat américain a voulu exprimer toute la radicalité du principe de respect de la vie humaine, et il n’est pas suivi par tous. A commencer par George W. Bush qui s’en est – malgré ses nombreuses déclarations pro-vie – désolidarisé. En deuxième lieu, une âpre bataille judiciaire s’annonce : si la loi entre théoriquement en vigueur au 1er juillet, il faudra attendre bien plus longtemps pour qu’elle prenne réellement effet, vu la mobilisation déjà acquise des partisans de l’avortement et notamment du Planning familial qui font déjà unecollecte de fonds pour financer la procédure.C’est notamment Le Figaro qui le raconte, sous ce titre fielleux : « Le Dakota du Sud lance la cabale antiavortement », en dénonçant un texte « extrême »… En premier lieu, un référendum d’initiative populaire (curiosité constitutionnelle du Dakota du Sud) pourrait bloquer la loi. Plus certainement, une contestation s’engagera devant un tribunal, à la suite d’un avortement refusé, voire en tirant de la simple existence du texte qui « empêcherait » une femme d’avoir des relations sexuelles par crainte de tomber enceinte et de ne plus pouvoir avorter (eh oui, ce cas est évoqué !). Cela aurait un effet suspensif. Combien de temps faudrait-il alors pour que le texte aboutisse devant la Cour suprême, pour y obtenir peut-être les quatre voix nécessaires pour que les neuf juges se le voient soumettre ? Un an, deux, jusqu’àtrois et demi, répondent les experts,arguant de l’extrême simplicité du cas (la loi est clairement contraire à la jurisprudence constituante de la Cour suprême), mais aussi de la lenteur d’autres dossiers plus parcellaires comme l’interdiction de l’avortement tardif « par naissance partielle », qui ont patienté bien longtemps avant d’arriver aux portes de la Cour. Une fois là-haut, c’est quitte ou double.Depuis le remaniement de la Cour suprême on estime que quatre juges continueront d’affirmer la constitutionnalité de Roe versus Wade que la nouvelle loi attaque de manière frontale comme l’a affirmé sans ambages Mike Rounds.Thomas et Scalia choisiront de la renverser et les deux nouveaux, Roberts et Alito devraient faire de même, mais il reste un « incertain ». Et aussi beaucoup d’impondérables : il semblerait que les promoteurs du texte aient parié sur un nouveau remplacement d’ici à ce que leur loi arrive à Washington. S’agissant des Etats-Unis, l’argent n’est jamais loin et l’on s’attend avant tout, de part et d’autre, à une procédure longue et coûteuse, qui exigera des millions de dollars. Le lobby pro-vie apportera son soutien financier à l’Etat du Dakota du Sud – s’il ne se divise pas sur les termes de la loi ; en face, on fourbit aussi les armes économiques. Sordide? Mais l’avortement légal l’est bien davantage, et ils font, courageusement, avec ce qu’ils ont.
JEANNE SMITS
Jeanne Smits écrit (bien) dans Présent, le quotidien des francais catholiques.
Le Dakota du Sud secoue l’Amérique
Dans Présent du Jeudi 9 mars, on peut lire, sous la plume de Jeanne Smits cet intéressant article :
Mike Rounds, gouverneur du Dakota du Sud, a suivi la volonté de la chambre des représentants et du sénat de son Etat – majoritairement exprimée à la fois par des démocrates et des républicains – de recriminaliser l’avortement, y compris en cas degrossesse consécutive au viol ou à l’inceste, et en admettant une seule exception : le cas où la mère est en danger de mort. Le texte prévoit explicitement que seuls les médecins pratiquant l’avortement risquent une peine pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement, tandis qu’il exclut toute poursuite contre la mère. Il bannit par la même occasion les « pilules du lendemain » – sauf dans les cas de viol et d’inceste – et affirme que la vie humaine commence dès la fécondation. C’est donc possible. Le combat pour la vie n’est pas perdu d’avance : n’ayons pas peur !Le gouverneur a pris le temps de la réflexion avant d’apposer sa signature sous cette loi. Dans cet Etat où seule subsiste une clinique d’avortement gérée par le Planning familial, la pratique est déjà devenue marginale : 800 avortements par an. Il l’a fait au nom deprincipes clairs et d’une foi affirmée. « Dans l’histoire du monde, le vrai critère de la civilisation est celui de la manière dont les gens traitent ceux qui dans leur société sont les plus vulnérables et le plus sans défense. Les sponsors et les partisans de cette loi croient que l’avortement est un mal parce que les enfants à naître sont les personnes les plus vulnérables et les plus sans défense dans notre société.Je suis d’accord avec eux », a-t-il déclaré, plaidant pour que cet événement ne marque pas le point final du combat pour la vie. Ajoutant également que quel que soit l’avenir du texte, tout cela ne serait rien si dans la pratique, dans son Etat, la vie n’était pas réellement accueillie, et il a demandé une vraie mobilisation pour venir en aide aux mères… Les évêques catholiques du Dakota du Sud et du Nord ont tous deux salué cet événement qui est en effet historique : il s’agit d’une attaque frontale contre la jurisprudence Roe versus Wade par laquelle la Cour suprême des Etats-Unis alégalisé l’avortement en 1973. Et il faut bien comprendre que la bataille se situe sur le plan juridique, et de la justice au sens le plus noble du terme : obtenir que dans la loi, la « liberté » revendiquée au nom des femmes et à leur détriment ne surpasse plus la vérité ; que le mal ne soit plus appelé bien et autorisé comme tel. Les évêques rappellentqu’un renversement de la jurisprudence ne dispense pas chacun d’œuvrer pour une véritable culture de vie ; et que ce combat-là ne devra pas cesser aussi longtemps que la nouvelle loi n’est pas inscrite dans le droit.Tel est en effet le pari risqué engagé par le Dakota du Sud, et à sa suite dans une dizaine d’autres Etats qui s’apprêtent à promulguer des textes similaires. Un double pari : en écartant les exceptions de viol et d’inceste, le législateur de cet Etat américain a voulu exprimer toute la radicalité du principe de respect de la vie humaine, et il n’est pas suivi par tous. A commencer par George W. Bush qui s’en est – malgré ses nombreuses déclarations pro-vie – désolidarisé. En deuxième lieu, une âpre bataille judiciaire s’annonce : si la loi entre théoriquement en vigueur au 1er juillet, il faudra attendre bien plus longtemps pour qu’elle prenne réellement effet, vu la mobilisation déjà acquise des partisans de l’avortement et notamment du Planning familial qui font déjà unecollecte de fonds pour financer la procédure.C’est notamment Le Figaro qui le raconte, sous ce titre fielleux : « Le Dakota du Sud lance la cabale antiavortement », en dénonçant un texte « extrême »… En premier lieu, un référendum d’initiative populaire (curiosité constitutionnelle du Dakota du Sud) pourrait bloquer la loi. Plus certainement, une contestation s’engagera devant un tribunal, à la suite d’un avortement refusé, voire en tirant de la simple existence du texte qui « empêcherait » une femme d’avoir des relations sexuelles par crainte de tomber enceinte et de ne plus pouvoir avorter (eh oui, ce cas est évoqué !). Cela aurait un effet suspensif. Combien de temps faudrait-il alors pour que le texte aboutisse devant la Cour suprême, pour y obtenir peut-être les quatre voix nécessaires pour que les neuf juges se le voient soumettre ? Un an, deux, jusqu’àtrois et demi, répondent les experts,arguant de l’extrême simplicité du cas (la loi est clairement contraire à la jurisprudence constituante de la Cour suprême), mais aussi de la lenteur d’autres dossiers plus parcellaires comme l’interdiction de l’avortement tardif « par naissance partielle », qui ont patienté bien longtemps avant d’arriver aux portes de la Cour. Une fois là-haut, c’est quitte ou double.Depuis le remaniement de la Cour suprême on estime que quatre juges continueront d’affirmer la constitutionnalité de Roe versus Wade que la nouvelle loi attaque de manière frontale comme l’a affirmé sans ambages Mike Rounds.Thomas et Scalia choisiront de la renverser et les deux nouveaux, Roberts et Alito devraient faire de même, mais il reste un « incertain ». Et aussi beaucoup d’impondérables : il semblerait que les promoteurs du texte aient parié sur un nouveau remplacement d’ici à ce que leur loi arrive à Washington. S’agissant des Etats-Unis, l’argent n’est jamais loin et l’on s’attend avant tout, de part et d’autre, à une procédure longue et coûteuse, qui exigera des millions de dollars. Le lobby pro-vie apportera son soutien financier à l’Etat du Dakota du Sud – s’il ne se divise pas sur les termes de la loi ; en face, on fourbit aussi les armes économiques. Sordide? Mais l’avortement légal l’est bien davantage, et ils font, courageusement, avec ce qu’ils ont.
JEANNE SMITS
Jeanne Smits écrit (bien) dans Présent, le quotidien des francais catholiques.


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